Pourquoi les réseaux sociaux nous rendent tristes et cons

Facebook et Instagram sont-ils mauvais pour la santé ? En rendant la mise en scène de nos vies presque obligatoire, les réseaux sociaux nous frustrent et nous dépriment, lentement mais sûrement. 

Pourquoi les réseaux sociaux nous rendent tristes et cons

En nous permettant de garder le contact avec nos proches, et de rencontrer de nouvelles personnes, les réseaux sociaux ont révolutionné nos vies. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Car si vous utilisez vous aussi Facebook, Instagram, Snapchat ou Twitter, vous en aurez probablement fait l’amère expérience : à force de se rendre sur les réseaux sociaux, la tristesse finit inévitablement par pointer le bout de son nez.  

 

Vies mises en scène, mais comparées

Qui n’a jamais été jaloux en regardant les photos de vacances d’un ami, et qui n’a jamais rêvé d’avoir lui aussi une vie (apparemment) de rêve, semblable à celle (entrevue) de sa copine, mère de deux enfants et heureuse comme tout ? A force de nous pousser à mettre nos vies en scène et à espionner les vies sublimées de nos proches, ces sites nous rendraient-ils tristes, jusqu’à nous déprimer ?   Entre 2012 et 2017, plusieurs études, menées notamment par des chercheurs de l’université de Queensland, du Michigan et de Pittsburgh, ont démontré qu’une trop grande utilisation de Facebook et Co. constitue un facteur de dépression – et que les internautes qui utilisent plusieurs réseaux sociaux en même temps ont davantage de chances de déprimer, ou d’être angoissés, que ceux qui s’y rendent avec parcimonie.

Car forcément, nous en venons presque tous à comparer nos vies, jusqu’à nous dévaloriser, parfois injustement. Si nos messages sont ignorés, nous nous sentons tristes, seuls. Si les photos et statuts de nos amis sont (ou semblent) heureux mais que nous le sommes moins qu’eux, nous déprimons encore plus. Finalement, un véritable cercle vicieux s’installe – Facebook, Instagram et les autres nourrissant notre envie de stalker nos amis, mais entretenant aussi chez nous l’impression de valoir moins que les autres (qui ont une vie parfaite, du moins en images), et ainsi de suite.  

 

 

Addicts aux “j’aime”

Au départ, si nous adoptons un usage frénétique des réseaux sociaux, c’est bien souvent pour combler un vide. En partageant des photos de nous, nous espérons (parfois inconsciemment) obtenir des “likes” et des commentaires amicaux, comme une sorte de récompense – qui nous réconforte, mais qui peut aussi nous rendre totalement addicts. C’est quand il n’y a aucune réponse en face que les choses se gâtent… “Si je mets une photo mais qui n’a pas de likes, je vais l’enlever très vite, car aujourd’hui, je ne supporte plus l’idée de perdre”, note Michael Stora, psychanalyste et président de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH).

Les réseaux sociaux constituent aussi un miroir déformé, qui permet de se représenter pour exister. Un bon moyen de sublimer sa vie, et de montrer à ses contacts une version idéalisée de soi. Et comme les autres font la même chose, et que tout le monde triche et se montre sous son meilleur jour, “l’exposition à des représentations très idéalisées de pairs sur les médias sociaux” finit par susciter chez certains “des sentiments d’envie, et la croyance déformée que d’autres personnes mènent une vie plus heureuse, avec plus de succès”, remarquent des chercheurs suisses, à l’origine d’une étude sur les “liens entre la fréquence d’utilisation d’internet et la santé des adolescents”.  

 

Réduisez la cadence

Alors, que faire ? Quitter Facebook, Snapchat et Instagram, scènes du théâtre des faux semblants et du culte de l’image ? Une étude menée en 2016 par un chercheur danois, Morten Tromholt, baptisée “The Facebook experiment”, consistait à comparer des internautes utilisant d’un côté les réseaux sociaux comme à leur habitude, et d’autres ayant d’un autre côté cessé de s’y rendre, pendant une semaine.

Cette très légère “detox” aurait suffit pour rendre les cobayes volontaires moins tristes et plus satisfaits de leur vie sociale. Pas forcément heureux, mais moins déprimés, en nous évitant des “comparaisons sociales irréelles” (comparaisons vis-à-vis de nos amis, mais aussi des “influenceurs” qui aiment exhiber leurs photos retouchées)… et aussi en nous évitant de perdre (trop) notre temps (qui pourrait être passé avec des proches) à consommer de l’actu pas toujours joyeuse. “Passons-nous trop de temps sur nos téléphones au lieu de prêter attention à nos familles ?”, s’interroge ainsi David Ginsberg, directeur de recherche… chez Facebook.

La solution ? Pas forcément tout couper, mais juste d’apprendre à doser son utilisation des réseaux sociaux. Et apprendre aussi à s’aménager parfois de petites périodes de déconnexion. Enfin, essayer de ne plus autant sacraliser ce que nos contacts partagent sur les réseaux sociaux. En préférant, finalement, les relations sociales “IRL”, ou en tout cas les interactions directes (car discuter avec quelqu’un, en ligne, cela reste discuter avec quelqu’un), plutôt que celles réalisées par photos interposées. Des photos mises en scène, dans au moins 60% des cas.

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